13.07.2011
Le financement des festivals...et autres nouvelles mécénat de la semaine
C’est l’été ! Dans les actualités mécénat de ces deux dernières semaines, on parle beaucoup de festivals, et notamment de leur financement. L’occasion de faire le point sur la part du mécénat, justement, dans leurs budgets. Et puis, d’autres nouvelles : des mesures en faveur de la photographie, de petites municipalités en quête de fonds…Enfin, on reparlera du mécénat de proximité.

Spécial festival
Période estivale oblige, les festivals sont un sujet incontournable dans le secteur de la culture. Du 15 juin au 15 septembre, ils vont fleurir sur tout le territoire, que ce soit pour des rendez-vous consacrés (Avignon, Aix, Arles, par exemple) ou pour de plus petits festivals, qui sont des moments privilégiés pour faire vivre les régions et les communes qui les organisent ou les accueillent.
Premier constat : les festivals solidaires se développent. Un article de Youphil recense ces manifestations qui allient solidarité et éco-responsabilité – car certains festivals sont loin d’être véritablement « verts » même s’ils se déroulent en pleine nature. Ceci dit, de plus en plus de festivals prennent conscience de leur responsabilité environnementale.
Cette semaine donc, Le journal Les Echos consacre un dossier au festival d’Aix. On y apprend que le prestigieux festival d’art lyrique attire les mécènes, qui représentent 16 % de son budget, soit 3 millions d’euros, à part égale avec les fonds publics. Il est évident que l’image élitiste de l’opéra, et ses partenariats, notamment avec Le Cercle des économistes, jouent en sa faveur. Le festival d’Aix cherche cependant, nous dit l’article, à garder son prestige tout en élargissant ses publics, et à démocratiser son accès. Pas évident pour l’opéra de changer cette image quelque peu « luxueuse », d'art réservé à une élite. Ainsi, c’est durant les mois de sa préparation que le festival d’Aix cherche à s’ouvrir vers d’autres publics, moins avertis, notamment les scolaires.
J’en profite pour évoquer une anecdote : l’accès à l’opéra pour ceux qui en sont, a priori, les plus éloignés, est souvent un moment assez exceptionnel qui peut aboutir à des rencontres fabuleuses. D’abord, celle d’un public novice pour qui la scène, le lieu, et l’art lyrique est un territoire inexploré ; ensuite, car cela permet de confronter des univers sociaux tout à fait différents car, quoiqu’on en dise, l’opéra est encore fréquenté par un public plutôt restreint socialement, comme le souligne Jean-Louis Beffa (« L'art lyrique est, on le sait, le plus coûteux des arts vivants, et celui qui s'adresse à un public structurellement restreint »). Bref, j’ai eu l’occasion d’accompagner une classe de collégiens de quartiers, comme on dit, « défavorisés », qui n’avait jamais eu l’occasion d’entrer dans un opéra, pour voir un spectacle plutôt difficile – le pari a été réussi, et ils en sont sortis tout émerveillés: cela reste un très beau souvenir (beau souvenir qui comprend aussi l'air médusé de certains spectateurs qui n'avaient manifestement pas l'habitude de côtoyer ce type de public - je précise que les élèves se sont tenus de manière admirable!)
D’autres opéras, et en particulier celui de Lyon, ont bien compris la nécessité de développer une image plus « solidaire » et consacrent une partie de leurs actions à rendre accessible l’art lyrique à d’autres publics: il s'agit là de rendre l'opéra plus "citoyen".
Je me demande d’ailleurs aussi si certaines initiatives d’opéra « hors les murs » ne sont pas une bonne alternative à la démocratisation de cet art – et l’occasion de se redéfinir hors de l’espace restreint de la salle d’opéra. Cela donne lieu, là encore, à de belles rencontres : à Montréal par exemple, l’opéra organise des récitals dans le métro, en partenariat avec la Société des Transports de Montréal (STM). Cela s'appelle Metropéra, et le slogan est amusant: "Métro-boulot-canto!". A quand une aria de Mozart dans le métro parisien, ou dans les bus et trams de Strasbourg, de Lyon ou d'ailleurs? Cela permet aussi de nouer des partenariat, comme à Montréal avec la STM, tout en développant ses publics.
Quand l’art investit ainsi la ville, cela permet aussi de la ré-enchanter par des rencontres inédites – et ouvrir un peu plus l’accès à la culture. Un extrait, pour le plaisir:
Le festival Saint-Denis parvient lui aussi à trouver la bonne équation pour séduire les entreprises tout en provoquant les rencontres. Cela permet de proposer une programmation comportant des artistes renommés tout en organisant des concerts gratuits, des actions de sensibilisation pour les élèves, etc. Sur 3, 2 millions de budget, 1, 3 millions provient du mécénat, soit 40 % du budget total, ce qui est assez exceptionnel.
D’ailleurs, de manière général, la tendance est la hausse pour la part de financement privé et des ressources propres dans le budget des festivals, comme on le voit pour le festival d’Anjou. C’est aussi le sujet d’un article du Figaro de cette semaine.
Cependant, beaucoup soulignent l’importance des subventions publiques, qui demeurent un « socle vital » pour les festivals. L’occasion de rappeler, à côté de la diversification des sources de financement, l’importance d’une véritable politique de soutien à la culture de la part de l’Etat !
Les municipalités à la peine
Puisqu’on parle de baisse des financements publics, on peut aussi reparler de la difficulté, pour certaines municipalités, à trouver des fonds. C’est ce qui ressort de la veille de ces deux dernières semaines, qui pousse les villes à s’ouvrir à d’autres formes de financement. Par exemple, après Reims, la ville de Mérignac créé son fonds de dotation.
Plus généralement, les appels aux dons se multiplient dans les petites municipalités : ici, en Corrèze pour sauver une école, là à Villers-aux-Nœuds pour restaurer une église, ou encore à Rimondeix, dans la Creuse, également pour financer les travaux de l’église.
D’ailleurs, le recours au fonds privés des municipalités ne se fait pas toujours de manière, disons, harmonieuse : à Marseille, la ville semble ainsi vouloir concurrencer, avec la création de deux fonds de dotation, l’association Marseille-Provence 2013 qui chapeaute les manifestations prévues pour la capitale de la culture. Et les acteurs culturels locaux se sentent quelque peu oubliés… L’occasion de rappeler qu’une bonne démarche de mécénat est aussi une démarche soutenu en interne.
La photographie à l'honneur

Conjointement au festival d’Arles – auquel j’ai consacré un billet ici, sur une de ses expositions controversées – le Ministère de la Culture a annoncé une nouvelle politique en faveur de la photographie, avec une série de mesures dédiées. A cette occasion, le ministre a évoqué le projet de la Fondation privée Luma, fondée par la mécène Maja Hoffmann : il s’agirait d’implanter un espace culturel ambitieux autour de la photographie à Arles, sur le site des anciens ateliers SNCF. Un bon moyen de valoriser le patrimoine industriel, qui fait de plus en plus l’objet de restauration.
Le projet n’est pas sans poser des problèmes de concertation entre les collectivités publiques et la Fondation Luma, comme on le voit dans cette interview de Maja Hoffmann. Cette entretien est d'ailleurs l’occasion de découvrir une mécène hors norme, mais surtout une passionnée et une grande connaisseuse en matière de photographie.
Appel au mécénat de proximité !
Pour terminer, je me permets de relayer quelques appels au mécénat qui m’ont marqué cette semaine, soit que le projet soit original, soit que la structure culturelle ait une démarche singulière, ou un rôle clé dans l’animation de son territoire. On restera dans l’ouest cette semaine : d’abord, avec le mystérieux phare de Tévennec, réputé hanté, qui cherche un mécène pour une reconversion en résidence d’artiste – isolement assuré !
Ensuite, le musée de la pêche de Concarneau. Pourquoi ce musée en particulier ? D’abord, car je l’ai découvert sur Twitter, qu’il est aussi très actif sur sa page Facebook, et propose également une newsletter. Oui, il n’y a pas que les grands musées qui pratiquent la communication numérique ! Ensuite, car le Musée de la Pêche fait partie de ces petits musées ancrés sur leurs territoires, en lien avec leur histoire locale, contribuant à préserver l’attractivité et la mémoire de sa ville. Créé en 1961 à l’initiative de passionnés et de professionnels de la pêche, avec l’objectif de mettre en valeur et de préserver les savoir-faire et les témoignages du passé, il a donc en 2011 cinquante ans d’existence, et se situe dans le cadre exceptionnel de l'enceinte fortifié de la ville. Le musée revient de loin: en 2007, suite à des difficultés financières, un plan de sauvetage a été mis en oeuvre pour garantir la pérennité de la structure.
On peut d’ailleurs signaler que ce musée a déjà réussi à mobiliser un mécène d’importance, le Crédit Mutuel de Bretagne-Arkea, en février 2010.
Avis aux entreprises du Finistère et des environs de Concarneau ! Ce serait l’occasion de développer un beau mécénat de proximité, et de beaux partenariats citoyens. Je me demande d'ailleurs si ce type de mécénat, dit de proximité, ne sera pas amené à se développer ces prochaines années. Alors, bien entendu, il ne bénéficiera pas du même prestige et de la même lumière médiatique que les partenariats de prestige menés, par exemple, par le Louvre ou d'autres grandes structures parisiennes. Mais que de bénéfices pour les habitants, pour les petites structures, et que de liens tissés sur les territoires, en région, entre les acteurs économiques et culturels!
Illustrations:
- Didon et Enée de Purcell, Festival d'Aix-en-Provence 2006 (C) Elisabeth Carrechio
- Photographie de l'opéra de Lyon
- Chris Marker, extrait de la série Passengers présentée au festival d'Arles
- L'Hémerica au Musée de la Pêche de Concarneau
15:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festivals, financement public, musées, opéra |
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