21.06.2011

Les Fondations, acteurs de l’économie sociale et solidaire…et de la culture

Cette semaine, la veille mécénat portera principalement sur les fondations, à l’occasion de la parution d’une étude commanditée par le Centre Français des Fondations.
On en profitera pour (re)parler de « culture washing », et du développement intéressant du mécénat de proximité…


Les Fondations, associations de demain ?

fondations, mécénat, total, Le secteur des fondations se développe de plus en plus en France mais demeure encore bien en deçà de ce qui se pratique outre-atlantique. Les causes ? Des spécificités françaises : la vitalité importante du secteur associatif, qui demeure le terrain privilégié pour soutenir les causes d’intérêt général, la relative lourdeur des modalités de création de fondations, la trop grande rigidité du financement demandé pour la création d’une fondation reconnu d’utilité publique… Longtemps, c’est en effet le principe de pérennité qui a prévalu pour la création d’une fondation, demandant une dotation de départ importante pour que la fondation soit en mesure de financer son budget actuel. Ce principe de pérennité servait aussi à s’assurer de la continuité, au niveau de l’intérêt général, des missions que s’était fixé la fondation.

On peut aussi rappeler que, la lenteur avec laquelle se sont mises en place les fondations tient aussi à des raisons historiques, comme le rappelle Jean-Pierre Allinne, spécialiste du droit du patrimoine culturel et des fondations: « Il y a en France cette méfiance historique envers les fondations, qui remonte à la Révolution et aux mauvais souvenirs qu’ont laissé les corps intermédiaires de l’Ancien Régime. Dès 1805, Napoléon a édicté des mesures restrictives à l’encontre des institutions privées d’intérêt général. La culture est toujours considérée comme un facteur politique d’unité nationale, même si cela est en train de changer car l’État n’a plus les moyens financiers de ses ambitions. »

Pour nombre de ces raisons, le fonds de dotation, dont la création est possible depuis 2008, peut d’ailleurs apparaître comme une alternative plus souple (j'en avais déjà parlé ici). 

N’étant pas juriste, je n’entrerai pas dans des détails concernant l’avantage de l’une ou l’autre forme de fondations, sachant qu’elles peuvent prendre sept formes juridiques différentes. Pourquoi en parler, alors ? D’abord, car le Centre Français des Fondations a publié ce mois-ci une étude sur la question, et que c’était l’occasion de s’interroger sur la place du secteur culturel dans ce dispositif. Ensuite, car la tendance en termes de création de fondation peut permettre d’esquisser en partie la configuration du paysage philanthropique ces prochaines années, même s’il faut rester prudent (les données datent de 2009). Mais, signe de leur importance croissante, Les Echos leur consacre un dossier cette semaine.

Que peut-on déduire de l’étude du Centre Français des Fondations ? Au niveau des dépenses engagées par les fondations, le secteur culturel arrive en avant-dernier, après la santé, l’action sociale et l’enseignement supérieur. Pourtant, pour 22 % des fondations, les arts et la culture constituent le secteur principal d’intervention, à égalité avec l’action sociale (22 %) et devant la santé (18 %) et l’enseignement supérieur/formation initiale (17 %).

Donc, en gros, les sommes engagés pour la culture sont moindres ; cependant, le secteur culturel demeure l’un des secteurs privilégiés d’action des fondations. Rappelons que, même si l’état cherche de plus en plus à développer le dispositif des fondations, on comptait 2264 fonds et fondations en 2010, contre 1 110 000 associations en 2007 (Etude de l’ADDES, 2007). Il faut donc nuancer le poids de ces nouveaux acteurs pour l’instant, qui sont principalement, d’ailleurs, des fondations d’entreprise.

J’en profiterai donc pour examiner les actions de certaines fondations, particulièrement actives dans le secteur de la culture, au courant de ces deux dernières semaines.

Culture washing ?

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Lors d’un de mes premiers billets, j’avais évoqué la possibilité de parler de « Culture washing », une expression calquée sur le Greenwashing (ou « écoblanchiment ») Il s’agit du procédé qui permet à une entreprise de « laver » son image peu environnementale en communiquant sur des actions…environnementales, et en mettant en avant ses actions de développement durable et de protection de l’environnement.

Or, on peut observer, de manière quelque peu similaire, des actions de mécénat culturel qui cherchent à « redorer » l’image de certaines entreprises en leur donnant une caution culturelle de prestige et une image citoyenne. Curieusement, ce sont parfois les mêmes entreprises qui pratiquent le « greenwashing ». Mais comme la communication ne peut pas tout, et que le mécénat est affaire d’éthique et d’engagement, ces actions finissent parfois par obtenir l’effet exactement contraire.

J’avais déjà évoqué ici le cas de la Fondation Total qui se servait de son mécénat culturel comme arme stratégique.  La Fondation Total soigne ainsi l'image de son entreprise...et en profite pour solidifier ses partenariats économiques au Proche-Orient et en Afrique. Après « Route d'Arabie » au Musée du Louvre et « Présence africaine » au Quai Branly, elle avait en effet soutenu l'exposition « Angola, figures de pouvoir » au Musée Dapper. Cependant, le procédé relevait encore davantage de la stratégie que du « culture washing », me semble-t-il. 

On peut aussi, pour se rappeler combien les liens entre le mécénat des groupe pétroliers et la culture peuvent être problématiques, se rappeler de la performance saisissante et forte organisée par un groupe d'artistes à la Tate Gallery pour protester contre le mécénat de BP dans le secteur des musées britanniques, organisée le jour anniversaire de la marée noire dans le golfe du Mexique.

Cette semaine, la société franco-britannique Pérenco fait l’objet d’une controverse qui me paraît bien relever de « Culture washing » - terme qui reste, d'ailleurs, largement à définir car c'est, pour l'instant, une simple proposition de nomination, purement subjective donc, de ma part. Dans le cas de Pérenco, la culture semble servir de caution à un manque de responsabilité environnementale. En tout cas, les associations de défense de l’environnement ont également choisi de s’inscrire sur le terrain de la communication, en choisissant la journée du 20 juin, veille de l’ouverture de l’exposition Maya au Musée du Quai Branly, pour dénoncer Pérenco concernant sa politique environnementale. L’entreprise, qui est un des mécènes de l’exposition, est dénoncée pour ses forages dans une réserve de biosphère maya, forages qui auraient des impacts environnementaux, notamment sur les populations de cette région.

En région, le développement des fondations de proximité

fondations, mécénat, total, Fondation d’entreprise « Mécène et Loire »: voilà une Fondation d’entreprise un brin différente, qui rassemble 24 chefs d’entreprise engagés et mobilisés pour un mécénat de proximité valorisant le département de Maine et Loire. L’initiative est originale et intéressante : elle ne concerne d’ailleurs pas seulement la culture, et fait ces temps-ci son cinquième appel à projet.

 Au moment où l’on parle beaucoup de la nécessité de développer un mécénat de proximité, pour tirer partie du tissu local des PME et les engager dans le développement culturel et associatif de leurs territoires, ce genre d’initiative me semble présenter de nombreux avantages. Cela permet d’abord de créer un réseau et des passerelles entre les entreprises locales et les organismes associatifs et culturels. Ensuite, cela peut permettre également de faire jouer un effet « levier » : voyant des chefs d’entreprise s’engager, d’autres dirigeants, d’autres PME pourront être amenées à sauter le pas. 

Les sommes engagées ne sont pas forcément aussi importantes que celles qui financent, par exemple, les projets soutenus par la Fondation Total : à titre indicatif, la Fondation « Mécène et Loire » a un budget de 160 000 euros annuels qui se répartit entre les différents projets soutenus, là où la Fondation Total dédie environ 20 millions d’euros à la culture sur cinq ans

Cependant, ces fondations version « locales » sont sans doute les plus à même de faire vivre le tissu des associations de proximité. C’est d’ailleurs l’ambition d’une autre de ces fondations régionales, la Fondation Passions Alsace, qui part du constat suivant : « Les petites associations font un travail extraordinaire sur le terrain mais peinent à trouver de l’argent pour développer leurs actions. » Elle raisonne donc non sur une thématique mais sur un territoire et « veut favoriser le lien entre les donateurs et ces associations qui constituent le ciment de notre société et font vivre le territoire. »

Penser global, agir local, nouveau credo du développement durable des fondations ? 

EDIT du 22 juin:

Télérama et Le Monde consacrent un article au mécénat de Pérenco pour l'exposition Maya au Quai Branly. L'occasion de connaître la situation plus en détail : si l'entreprise a bénéficié du soutien des conseillers scientifiques de l'exposition, les effets de ses actions au Guatemala sur l'environnement posent toujours question...

   

Illustrations: 

- Carte de voeu du Ministère de la Culture 2009

- Photographie de la performance Human Cost, de Liberate Tate, à la Tate Gallery de Londres

- Photographie du projet de l'association Entr'Art, soutenu par Mécène et Loire: Musique au CHU d'Angers

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